"JUSQU’ICI TOUT VA BIEN"

La mort de George Floyd

 

25 mai 2020, Minneapolis. George Floyd achète des cigarettes dans une épicerie.

Il rejoint ensuite sa voiture garée afin de rejoindre des amis qui l'attendaient.

Soupçonné d'avoir utilisé un faux billet de vingt dollars, deux employés viennent réclamer les cigarettes, sans succès. Quatre minutes plus tard, un employé de l'épicerie contacte la police en décrivant Floyd comme saoul et incontrôlable. Le policier qui reçoit l'appel demande à trois reprises à propos de Floyd : "Quelle race ? Est-il blanc, noir, amérindien, hispanique, asiatique ?".

Lorsque les premiers policiers arrivent sur place, George est dans sa voiture.

Ils se garent de l'autre côté de la route, près de l'épicerie, et viennent jusqu'à lui.

L'un des policiers sort son arme et ordonne à Floyd de poser ses mains sur son volant.

Il range l'arme, puis  deux minutes après, extrait l'homme de sa voiture avant de le menotter dans le dos et l'emmener contre le mur d'un restaurant pour le faire asseoir par terre. Pendant son interpellation, Floyd ne fait preuve d'aucune violence et montre des signes d'anxiété. Un troisième policier vient en renfort en voiture et six minutes plus tard, Floyd est emmené au véhicule de police, près duquel il s'effondre au sol.

Après un demi-tour, le troisième policier rejoint les deux autres, avant qu'une seconde équipe n'intervienne plus tard : Derek Chauvin et Tou Thao. On tente alors de faire monter George Floyd sur la banquette arrière, mais Chauvin le ressort de la voiture.

Il l'allonge sur le sol, sur le bitume. Avec ses collègues, il pratique un plaquage ventral ; Floyd est allongé, immobilisé. Chauvin appuie alors avec son genou sur le cou. À ce moment, la première vidéo d'un passant débute. Floyd gémit et supplie les policiers de le laisser respirer : "I can't breathe". On ordonne aux témoins de s'éloigner.

Malgré l'appel aux urgences, Chauvin continue d'appuyer sur le cou de Floyd. En moins de cinq minutes, il répète seize fois qu'il ne peut pas respirer. Chauvin lui ordonne de se calmer. Les témoins qui passent demandent aux forces de l'ordre d'arrêter, mais Floyd devient immobile quelques minutes plus tard alors que Derek maintient pourtant toujours son genou sur son cou jusqu'à la venue des secours, soit pendant près de deux minutes. Les passants alertent sur son immobilité et demandent que son pouls soit pris, mais ils sont tenus à distance. Arrivé à l'hôpital, George Floyd est déclaré mort. 

D'après la police, l'intervention ferait suite à un appel pour ébriété sur la voie publique, et selon elle, les policiers auraient eu une altercation avec George Floyd après qu'il soit sorti de son véhicule. Selon eux, il aurait résisté physiquement après être sorti de sa voiture, se serait "raidi" et serait "tombé au sol" en refusant de rester debout. Déjà souffrant lorsqu'il s'est fait menotter, il aurait été encore debout lorsqu'il commençait à dire qu'il ne pouvait plus respirer. Mais cette version des faits est contredite par une vidéo provenant d'une caméra de surveillance d'un restaurant situé à proximité du lieu de l'interpellation, ainsi qu'une autre prise par un témoin. Et l'on y voit que Floyd n'opposait aucune résistance après avoir été appréhendé. 

Black Lives Matter

La mort filmée de George Floyd a fait le tour du monde en quelques heures.

Trois mots scandés dans le monde entier : "Black Lives Matter" - ("Les vies noires comptent"). Inscrits sur les pancartes des foules de manifestations qui s'organisent dès le lendemain aux Etats-Unis, puis sur tous les continents. Dessinés sur des visages de toutes les couleurs de peau. Tapés en légende des millions de photos republiés sur Instagram dénonçant l'évènement.

À l'origine, ce slogan naît d'un hashtag utilisé sur les réseaux sociaux et imaginé par trois activistes, artistes, écrivaines et auteures noires : Alicia Garza, Patrisse Khan-Cullors et Opal Tometi. Après l'acquittement de George Zimmerman, responsable de la mort de l'afro-américain Trayvon Martin dans une altercation policière, Alicia adresse un message sur les réseaux : "Black People,I love you. I love us. Our lives matter» («Personnes noires. Je vous aime. Je nous aime. Nos vies comptent»).

Message auquel Patrisse répond alors "Black Lives Matter.".

Rejoins par Opal, les trois femmes tenteront de structurer un mouvement naissant en défense des violences commises contre les noir(e)s à travers le monde.

«BLM est devenu un mouvement de masse qui ne s'exprime plus seulement sur les réseaux sociaux,explique Dewey M. Clayton, politologue à l'université de Louisville. C'est un cri de ralliement, un slogan qui touche juste. Repris par des sportifs, des stars, il prend une résonance particulière après la mort de George Floyd ».

"Black Lives Matter" résonne dans ce combat dont la mort de George Floyd a ravivé la flamme. Des manifestations géantes contre le racisme et les violences policières se sont déroulées depuis l'évènement dans les grandes métropoles américaines. À Washington, la Maison Blanche est devenue une forteresse. La mobilisation est massive dans le monde entier, représentée par des dizaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées pour exprimer leur indignation. L'objectif immédiat est la fin des violences policières. Et au-delà des brutalités des forces de l'ordre, c'est la remise en cause d'un racisme systémique.

Jusqu'ici tout va bien

Le même racisme que dénonçait Martin Luther King il y a plus de 60 ans.

Le même racisme qui sévit encore à travers le monde, de manière implicite, presque invisible, et qui s'engouffre sinueusement dans nos quotidiens. Ce racisme dont on ne soupçonne parfois même pas l'existence tant il est ancré dans nos habitudes quotidiennes. Cette méfiance et cette peur de l'autre qui vouent à l'échec tous les combats menés par des Luther King ou Parks à travers l'histoire.

La mort de George Floyd ne passe pas inaperçu car elle soulève des problèmes encore plus profonds. Des problèmes qu'on tente d'étouffer par confort, et qui éclatent au moment même où "La Haine", chef-d'oeuvre du cinéma français réalisé par

Mathieu Kassovitz et dénonçant les violences policières en France, fête ses 25 ans.

Car les États-Unis se révoltent mais il ne s'agit pas d'un phénomène géographiquement limité. Il existe encore énormément de violences racistes et xénophobes en France, dont le viol de Théo Luhaka par la police en 2017 ou la mort d'Adama Traoré en 2016, dont la soeur, Assa Traoré, se bat au quotidien pour lui rendre justice. 

Il faut se mobiliser, condamner et se montrer solidaire avec Floyd et tous les autres oppressés.


Éduquez-vous. Informez-vous sur le racisme, ouvrez-vous, discutez, échangez, prenez conscience de vos privilèges et utilisez-les pour prendre la parole et dénoncer le racisme dont vous êtes témoins au quotidien.

C'est en prenant la parole, en engageant le dialogue avec ceux qui sont concernés, en écoutant et en apprenant que l'on change les mentalités.

À Lyon, la manifestation de samedi et de dimanche dernier a rassemblé plus de 6000 personnes au total, réunies pour la même cause : celle de la défense des droits de l'homme et du respect de la diversité et de la vie de son prochain, et ce peu importe sa couleur de peau et son origine.